Naviguer sous le regard bienveillant des tours génoises corses.

La tour de Roccapina en Corse du Sud

Tout au long du littoral corse, s’égrène le chapelet des tours que l’on a coutume de dire « génoises » même si toutes ne le sont pas.

Vestiges d’un temps où se protéger des attaques venues de la mer était vital, elles constituent, aujourd’hui, un patrimoine architectural incontournable.

De quand datent les tours génoises en Corse ?

C’est au XVIème siècle, que la plus grande partie de ces tours génoises furent édifiées. La Corse est encore sous domination de la République de Gênes qui a fort à faire pour défendre cette terre si convoitée et ses habitants.

Mais leur construction s’étale du XIIème au XVIIIème siècle.

Ainsi, chaque cap, chaque îlot, chaque promontoire accueille une tour de défense afin de constituer une chaîne ininterrompue de postes de défense.

Tours génoises Corse

Quelle est la structure la plus fréquente de ces tours ?

Souvent circulaires (une dizaine de mètres de diamètre), les tours génoises s’élèvent de 12 à 17 mètres.

Elles comportent quatre niveaux.

Tout en bas de la tour, la réserve permet de stocker vivres et munitions. Elle abrite aussi la citerne dans laquelle l’eau de pluie se déverse par une conduite.

Au-dessus, la salle de repos, lieu de vie spartiate pour la garnison.  C’est à cet étage que se trouve l’entrée principale de la tour. Les gardiens y accédaient à l’aide d’une échelle. De nos jours, certaines tours restaurées ont été équipées d’escaliers afin d’en permettre la visite.

Aucune ouverture au niveau du sol afin de renforcer la défense

Le troisième niveau est la salle de guet, munie de meurtrières pour permettre la surveillance et, en cas d’attaque, la défense de la tour.

Enfin, au sommet, la terrasse, souvent flanquée de créneaux et de mâchicoulis. Elle est parfois équipée d’une guardiola, sorte de petite échauguette pouvant accueillir un guetteur.

Pour passer d’un niveau à l’autre, aucun escalier mais des trappes et des échelles mobiles.

Il n’est guère de mouillages, sur le littoral corse, où l’une de ces tours ne s’aperçoive du pont du voilier. Présence réconfortante, même si leur fonction de défense n’est plus qu’un lointain souvenir.

La fonction historique des tours génoises en Corse

Du XIIème au XVIIIème siècle, la Corse s’est équipée d’un important système de surveillance du littoral.

Tour sur son promontoire granitique

En effet, cent vingt tours de guet, d’abord pisanes, puis génoises, jusqu’à la tour paoline, ont été édifiées tout au long des  mille kilomètres de côtes de l’île durant ces sept siècles.

Leur fonction première est, bien sûr, de prévenir les attaques venant de la mer. Surveillance ou défense, la fonction est militaire.

Une chaîne de défense ininterrompue

Chaque tour était visible d’au moins deux autres tours. Lorsque la garnison de l’une d’entre elles repérait un danger, elle envoyait immédiatement un signal. L’alerte pouvait être donnée par un signal de fumée, de feu, ou même de sonnerie de culombu (conque marine). Les tours les plus proches reprenaient alors le signal et, en quelque heures, l’île entière était en alerte. La population pouvait alors se replier vers l’intérieur de l’île afin de se protéger des envahisseurs ou autres razzieurs.

Une centaine de brasiers illuminant le littoral  d’un collier ardent devait offrir un spectacle aussi terrifiant, pour l’annonce du danger qu’il évoquait, que fascinant.

La vie des torregiani

Pourtant, les gardiens de la tour, appeléstorregiani, n’avaient pas vraiment la vie belle.

Selon sa taille et son emplacement, une tour pouvait accueillir une garnison de deux à six torregiani. La salle de repos, quant à elle, était prévue pour une ou deux personnes : une cheminée, un grabat sommaire. Il fallait donc se relayer pour dormir ou s’isoler un moment.

Tours génoises Corse créneaux
Deux fois par jour, les torregiani devaient monter aux créneaux pour surveiller la mer

Ces gardiens étaient des villageois, payés par les autres habitants sur les taxes locales. Une fois recruté, le gardien appartenait à la tour. Ainsi, défense lui était faite de quitter la tour, à deux exceptions près: une journée pour aller chercher sa solde, une autre pour le ravitaillement. Un seul gardien à la fois. Défense, aussi, de se faire remplacer pour quelque raison que ce soit. Le manquement au règlement pouvait être puni de deux ans de galères. Malgré ces règles draconiennes, ou peut-être en raison même de leur sévérité, certaines tours ont peu à peu été désertées.

Cependant, même si la fonction originelle des tours est militaire, elles ne disposent que de trop peu d’armement de défense. Ainsi, les torregiani sont devenus au fil du temps des sortes de douaniers, prélevant les taxes et surveillant le commerce maritime. S’adonnant parfois eux-mêmes au négoce des ressources de l’île.

Postérité

Pour le navigateur en Méditerranée, ces tours ont toujours servi d’amers, guidant ainsi son cabotage tout au long des côtes corses.

Mais leur architecture a fait des émules. Ainsi, l’amiral Nelson, séduit par ces édifices, a fait reproduire le plan de la tour de la Mortella, dans le Golfe de Saint Florent. Après y avoir apporté quelques modifications, il en fit ériger sur les côtes de l’Empire britannique. Elles sont appelées tours « Martello » par dérivation du corse « Mortella ».


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